Culture

Corvec : mystère du mâle-entendu

Après une tournée au Japon et en Corée du Sud, Vincent Corvec jouait « Immersion » au Téat Plein Air, le 3 octobre dernier. J’y étais… 

Maïmouna Etienne

Boisson chaude, carton de présentation sur papier-millimétré, transats individuels disposés à même la scène, projection en avant-première de trois clips d’animation illustrant le prochain album… L’accueil du public est soigné et aide à affronter la fraîcheur de la nuit des Hauts.

Dès l’entrée sur scène, Vincent Corvec annonce la couleur : « Ne cherchez pas à comprendre intellectuellement ce que vous allez voir et entendre ce soir. Faites confiance à vos sens. Laissez-vous aller. » Préambule surprenant pour un musicien que l’on qualifie souvent d’« intello ». Raccourci malentendu. Sa démarche fait clairement primer l’empirique sur le conceptuel.

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Dix musiciens sur scène. Claviers, quatuor à cordes et flûte traversière. Un écran 4×3 de projections vidéos hypnotiques. Les arbres suspendus d’Alain Gernigon. De la danse captée par Jérôme Brabant. Des invités et du whisky. On dépasse l’étiquette de musique électronique… et de la musique tout-court.

On se souvient d’« Amours Primitives », donné aux Téat Champ-Fleuri, fin 2013. Spectacle qui s’est exporté depuis à l’île Maurice, en Métropole et en Inde. Déjà dans une atmosphère onirique, Corvec traitait de l’incommunicabilité des êtres et de l’érotique comme espoir temporaire pour apaiser cette tension. Solution vaine sur le long terme, comme le chantait Serge Gainsbourg : «L’Amour physique est sans issue ».

Aujourd’hui, avec « Immersion », Corvec aborde les thèmes de l’impermanence et de l’irréversibilité de toute chose, de la perte et de l’absence, de l’oubli qui se dissout dans le temps long. En contre-point, il évoque avec furie les ressources inestimées en chacun, pour survivre à ce drame banal.

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Au piano et au micro, Vincent Corvec alterne les passages instrumentaux et chantés. Les textes en français et en anglais. Les moments langoureux et les passages angoissants.

Le morceau de clôture, un solo de piano, est joué dans l’obscurité totale et nous plonge dans une douce contemplation, confortablement blottis dans ces transats, à la belle étoile.

On ressort de ce concert apaisé, mais émotionnellement secoué, comme dans des montagnes russes intimes.

La catharsis fonctionne, au travers de cette musique qui s’adresse davantage à l’individu qu’au groupe. La mise en scène nous immerge dans une faille spatio-temporelle et sensorielle. Celle du compositeur. Le malentendu à son sujet est pour moi dissipé : il est inutile de chercher à classer Vincent Corvec. Simplement, vivre l’expérience, même si elle se fait rare…

Les prochaines Actus ? 

« Immersion » devient un émission mensuelle sur la web radio réunionnaise Konect et sur une radio tokyoïte.

Un programme d’une heure, consacré aux musiques rares et oubliées, aux mondes engloutis discographiques : pièces classiques, jazz nippon, chant byzantin, soul portugaise… La première diffusion aura lieu en novembre, en podcast sur internet.

Les prochains concerts de Corvec sont prévus pour la sortie de l’album, courant 2019.

LIENS :
– Site internet : https://corvec.net
– Vidéos :

 

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