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La polémique du « black Face » touche La Réunion : arrèt à ou don !

Il y a quelques jour, la réalisatrice, comédienne et organisatrice du Festival International du Film Fantastique de La Réunion, « Même pas peur », Aurélia Mengin dévoilait sa dernière affiche. Comme chaque année depuis huit ans, la Saint-Pierroise fait usage d’imagination, de créativité et surtout d’audace afin de livrer des visuels conceptuels pour un festival de films de genre épicés et inédits dans notre île.Capture d_écran 2018-01-02 à 13.54.59

Bref, le public d’Aurélia Mengin connaît son univers. Il a l’habitude de la voir à poils, ensanglantée, violente et toujours sublime. C’est ça le film de genre à la sauce Mengin.

Les affiches du festival « Même pas peur » empruntes d’art contemporain et de design, mettent en scène la femme, la nudité.
Après avoir posé fagotée de plastique derrière un ananas, après s’être recouvert le corps nu de sable noir … Aurélia Mengin a eu l’idée cette année de créer une nouvelle sorte d’amazones endémiques de La Réunion et pour faire ça… la jeune réalisatrice a fait quoi ???? Elle a osé se recouvrir le corps et celui de sa maquilleuse de peinture noire façon vinyle. Résultat : deux êtres fantastiques coiffées de nids de béliers qui tiennent un oeuf… Oulala.

Et voilà que le Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN) monte au créneau (lire l’article du CRAN ici). Dénonçant « une nouvelle affaire de black-face ».  Dans l’article, publié sur le site du conseil, on peut lire que l’artiste a été interpellée par le CRAN, celle-ci a du tomber des nus ( pas de mauvais jeux de mots hein) et tentera de s’expliquer.
On imagine bien le discours venant d’une artiste, enfant métissée, de parents artistes ayant grandi avec les valeurs du vivre ensemble… Alors que celle-ci se fait plaisir dans ses délires artistiques, on vient la traiter de raciste ?
« L’affiche n’est ni raciste, ni blessante, juste mal interprétée », explique Mengin au Conseil Représentatif des Associations Noires.
Réponse du CRAN : « En d’autres termes, il y a juste un public de noirs imbéciles qui ne comprennent rien à l’art ».

….

Alors que le festival est dans les starting block, ouverture le 21 février 2018 à Saint-Philippe, son organisatrice décide de ne pas faire de vagues et retire son affiche. Aurélia Mengin, fille de caractère, artiste confirmée et affirmée, signera tout de même une lettre publique histoire de s’expliquer. Nous avons décidé de vous la partager. Car comme son auteur nous partageons ce sentiment :

« Il faut malgré tout être conscient, que quelque chose de la liberté a été décapitée en même temps que les têtes de mes amazones », Aurélia Mengin.

 

Tout cela nous inspire tristesse, dépit. Nous sommes la génération Y. Nous sommes des marmailles qui ont grandi sur une île où les églises, les mosquées et les temples tamouls se côtoient. Sur une île où la question du voile ne s’était jamais posée jusqu’à ces dernières années. Faut-il être noir pour s’afficher en noir ? Faut-il être un lapin pour s’afficher en lapin ? Faut-il être une femme pour s’afficher en femme ???

Arrèt à zot don !
Nous sommes des enfants du métissage, nous avons grandi avec la vision de la « France Black Blanc Beur » de nos parents et des médias.
Nous n’en sommes plus là, nous avançons, ensemble avec les maladresses que ça implique de temps en temps. Nous jouïssons de la vie, nous pleurons devant les infos, honteux de voir combien les Européens sont indignes face à la crise des migrants, combien les dirigeants de la planète deviennent fous, comment les animaux disparaissent les uns après les autres au profit d’une société de con-sommation sans limite.

Et aujourd’hui, on accuse ceux qui font bouger les choses, ceux qui s’investissent pour la culture, de racisme, pourquoi ? Parce qu’elles ont osé laisse libre court à leur créativité ?

Femme blanche de 36 ans, j’annonce qu’à la prochaine soirée déguisée où je vois un homme grimé en femme, je l’accuse de discrimination sexuelle.

#aimezvouslesunsdanslesautres

Lettre publique, en réponse à la polémique lancée par le CRAN

« Le Festival MEME PAS PEUR, le Festival International du Film Fantastique de La Réunion est en route pour sa 8ème édition. Depuis quelques jours, nous avons dévoilé notre affiche, une création artistique réalisée depuis le mois de mars dernier. Pour chaque édition, la réalisation de l’affiche est un long travail de recherche qui mélange plusieurs thématiques : l’art contemporain, la peinture, le corps, les femmes, l’étrange, le surréalisme.

Depuis sa création, l’art contemporain fait partie de l’ADN de MEME PAS PEUR, pour chaque édition une installation artistique éphémère est réalisée sur la scène du Festival.

Pour notre 8ème édition, nous avons mené une réflexion autour des siamoises, des femmes oiseaux et de la peinture sur corps. Le résultat propose une nouvelle population endémique sortie tout droit de mon imaginaire aux influences fantastiques, poétiques et plastiques. L’affiche de notre 8ème édition met ainsi en scène deux siamoises amazones, mi-femmes, mi-oiseaux, dont la peau vinyle est faite de peinture et dont la chevelure constituée de nids de bélier, évoque les perruques du temps de la Renaissance. C’est également un hommage à cet oiseau dont le jaune vif illumine notre végétation tropicale. Nos deux siamoises d’un autre monde, après une mutation biologique, peuvent se reproduire seules, en pondant des œufs, ce qui les classe parmi les espèces volatiles, libérant ainsi leur corps de la douleur de l’accouchement.

Il y a 2 ans, mon travail de création pour l’affiche, m’avait amené à créer des amazones de sable noir du volcan aux visages ovoïdes.

Je suis réunionnaise, fruit du métissage entre une mère noire et un père blanc. Mon père est artiste, mes parents ont bâti, il y a plus de 35 ans, le Lieu d’Art Contemporain de La Réunion. J’ai grandi entouré d’artistes et de leurs œuvres. Le regard que je porte sur le monde est toujours emprunt du prisme de la création. Je suis moi même réalisatrice, mon travail développe des univers où l’étrangeté flirte en permanence avec la réalité, soulevant souvent des interrogations, parfois des incompréhensions, mais toujours avec cette même volonté d’avancer un peu plus loin dans une recherche artistique fondamentale et personnelle.

Quelques jours après la parution de notre affiche dans la presse réunionnaise et métropolitaine, nous avons reçu énormément de retours positifs sur l’esthétisme, l’audace et la force de notre visuel. En parallèle, notre affiche suscite aussi des attaques virulentes, inquisitrices, accusant le festival de « Blackface », un mot qui m’était encore inconnu jusqu’alors. Les détracteurs accusent publiquement le festival et moi-même de racisme.

Notre affiche propose un ailleurs, ouvre une porte sur des personnages de fictions imaginaires. Notre affiche ne met pas en scène deux femmes noires, sinon effectivement pourquoi nous serions nous infligés ce travail fastidieux et délicat de peinture sur corps? Ma propre mère est noire, ainsi qu’une grande partie de ma famille. Si j’avais voulu photographier des femmes noires je l’aurais fait.

Notre affiche met en lumière des femmes peintes, rendant ainsi un hommage direct à la peinture. Lorsque mes détracteurs voient dans mon geste créatif du racisme, moi j’y revendique mon amour démesuré pour l’art pictural, les femmes, la couleur, la végétation réunionnaise.

Dans notre travail de peinture sur corps, ma maquilleuse et moi avons testé différentes couleurs, du doré à l’argenté en passant par le violet… Nous avons toutes les deux été convaincues que le noir vinyl était, sans aucun doute, la plus belle couleur. À travers cette affiche, je déclare donc sans aucune ambiguïté, ma passion pour l’art, pour la liberté d’expression, pour la couleur noire.

Il n’empêche que certaines personnes ont été blessées par une interprétation erronée, très éloignée de la réalité qui m’inspire. C’est pour cette raison qu’après un long échange avec Monsieur Louis-Georges Tin, Président du CRAN, Le Conseil Représentatif des Associations Noires de France, je me suis engagée à modifier l’affiche en supprimant le « Blackface » afin d’apaiser les tensions, que je suis la première à déplorer. La nouvelle version de notre affiche sera dévoilée très prochainement.

Il faut malgré tout être conscient, que quelque chose de la liberté a été décapitée en même temps que les têtes de mes amazones ».

Aurélia Mengin
Réalisatrice et Directrice du Festival MEME PAS PEUR

 

Et pour la peine, voici les affiches que l’on a préféré depuis la naissance du festival « Même pas peur » à Saint-Philippe.

On lui souhaite longue vie et un grand bravo à Aurélia Mengin pour tout ce qu’elle est.

Laurène Mazier
rédactrice en chef
Zen et Zolie.

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